Le 10 octobre 2001, Lille reçoit La Corogne pour son 3e match de poule de Ligue des Champions. Comme il le fait régulièrement en championnat de France, dont il est en tête à ce moment, le LOSC s’arrache et marque en fin de match. Le buteur est le Togolais Adekanmi Olufadé, auteur d’une splendide reprise de volée.

Ce mercredi soir au stade Félix-Bollaert se joue un match qui aurait dû avoir lieu un mois auparavant, le 12 septembre 2001. Mais les attentats la veille aux États-Unis ont incité l’UEFA à reporter les matches prévus ce jour, non sans quelques débats sur l’opportunité de cette décision : « L’UEFA souhaite exprimer sa profonde tristesse et sa stupéfaction vis-à-vis des tragiques et terribles évènements qui ont eu lieu aujourd’hui aux États-Unis. Nos pensées et nos cœurs vont à toutes les victimes de ces terrifiantes attaques et nous adressons notre compassion la plus sincère à leurs familles et leurs amis. Les matchs de la journée se dérouleront comme prévu, mais une minute de silence sera observée suite à ces évènements.L’ampleur de cette tragédie, la douleur et la tristesse dans laquelle elle nous plonge, nous force à réfléchir. L’UEFA souhaite respecter la souffrance ressentie par les familles qui ont perdu un proche en repoussant les matchs prévus cette semaine. ». Le mardi 11 septembre, les matches européens ont donc été maintenus, si bien que Nantes, engagé aussi en Ligue des Champions, et Troyes, en UEFA, ont joué (et gagné, respectivement 4-1 contre le PSV Eindhoven, et 6-1 contre Ruzomberok). C’est finalement à Manchester, le 18 septembre, que le LOSC a étrenné ses nouveaux habits de club européen pour une glorieuse et noble défaite (0-1).

 

Les joyaux de La Corogne

Après la qualification historique face à Parme durant l’été, on savait que le LOSC, novice à ce niveau et donc dans le 4e chapeau, tomberait dans un groupe relevé : les Grecs d’Olympiakos, pas les plus impressionnants mais ils connaissent la compétition ; Manchester United, champion d’Angleterre ; et les Espagnols du Deportivo La Corogne.

Le Real Club Deportivo de La Coruña est un vieux club espagnol fondé en 1906, qui ne prend son appellation actuelle qu’en 1918. Il joue dès son origine sur un terrain proche de la plage du Riazor, qui donnera son nom au stade inauguré en 1944, apparemment on savait s’amuser là-bas à l’époque. Hormis une deuxième place décrochée en 1950, le club ne fait pas particulièrement parler de lui ; durant 3 décennies, entre 1957 et 1988, il a même vivoté entre deuxième et troisième divisions. Ce n’est qu’en 1991 que le Depor retrouve l’élite espagnole, se signalant alors comme une valeur sûre du championnat : grâce à des joueurs tels que Bebeto, Mauro Silva et Adolfo Aldana, le club signe une surprenante 3e place en 1993. L’année suivante, renforcé par Donato, La Corogne manque le titre lors de la dernière journée au profit du Barça, à la différence de buts. De nouveau deuxième en 1995, La Corogne remporte son premier trophée majeur, la coupe d’Espagne, ce qui lui permet ensuite de jouer (et de remporter) la supercoupe d’Espagne. La saison 1995-1996 marque une inflexion dans les résultats du club (9e), toutefois demi-finaliste de la Coupe des coupes, sorti par le PSG. Durant 3 ans, malgré Rivaldo, le club rentre dans le rang : seulement 12e en 1998. La venue de Javier Irureta au cours de la saison 1998-1999 permet d’arracher une place en coupe UEFA.

Le Depor ressurgit avec éclat lors de la saison 1999-2000. Les Galiciens prennent la tête dès la 12e journée et ne la quittent plus. Un soir de mai 2000, 2 buts de Donato et Makaay permettent à la Corogne de battre l’Espanyol Barcelone et de devenir championne pour la première fois de son histoire. Parmi les champions les plus illustres : Nourredine Naybet, Romero, Djalminha, Flavio Conceição, Juan Fran, Mauro Silva, Roy Makaay. Et Salaheddine Bassir, bien entendu.

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L’arrivée de Javier Irureta sur le banc fait vivre au club sa période de gloire, durant 5 saisons : champion en 2000, vice-champion en 2001, 3e en 2002 ; vainqueur de la coupe d’Espagne en 2002 ; vainqueur de la supercoupe d’Espagne en 2000 et 2002 ; demi-finaliste de la Ligue des Champions en 2004, éliminé par Porto (0-0 ; 0-1), après avoir effectué une remontada en quart contre le Milan AC : battus 1-4 à San Siro à l’aller, les Espagnols s’imposent 4-0 au retour. C’est donc dans cette période dorée, dont on peut trouver pas mal de similitudes avec le LOSC au même moment, que les Espagnols se déplacent à Lille le 10 octobre 2001. Avec une nouvelle philosophie depuis 2 ans : « hispanifier » le Depor. En 1995, ils y avait 20 joueurs étrangers et cela avait été considéré, à tort ou à raison, comme la raison des moindres performances du club. Poiur Irureta, « ce n’est pas une question d’ostracisme. Simplement une question d’entente, de convivialité, d’automatismes, de références communes. A qualité égale, je choisis toujours un Espagnol. Les résultats me donnent raison ». Avec Diego Tristan, Valeron et Victor comme leaders techniques.

 

Ça plane pour Lille

Du côté du LOSC, dans la foulée de 2 saisons exceptionnelles (celle-ci et celle-là) suite à l’arrivée de Vahid Halilhodzic, c’est l’euphorie. En championnat, Lille est en tête et est toujours invaincu, après avoir pourtant concédé l’ouverture du score à 5 reprises en 9 journées ! L’équipe confirme ainsi d’incroyables qualités d’abnégation au point qu’il en est presque comique de la voir renouveler d’improbables scénarios : égalisation à Lens à la 87e, victoires à domicile après avoir été mené contre Lorient, Montpellier et Bastia, avec des buts vainqueurs inscrits dans les arrêts de jeu pour ces deux dernières rencontres, victoire miraculeuse à Troyes. En championnat, Lille a marqué 13 fois, et tous les buts ont été marqués en deuxième mi-temps. Le but le plus précoce ? Cheyrou contre Lorient : 54e…
10 jours avant de recevoir La Corogne, Lille a remis ça : mené 0-1 par Sedan, l’équipe égalise à la 78e minute par Adekamni Olufadé, et revient des Ardennes avec 1 point. Les deux buts du match :

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Dagui Bakari s’est imposé comme titulaire indiscutable, la recrue-phare de l’été est le Marocain Bassir, et Mile Sterjovski a prouvé son efficacité depuis un an : Adékanmi Olufadé n’est pas le plus connu des attaquants lillois. À tel point que nous ne savons pas vraiment quel est son prénom : Adekanmi, Adékamni, Adékambi…Olufadé3 Les sources divergent. En revanche, tout le monde s’accorde sur « Olufadé ». Né en 1980 au Togo, Olufadé a été formé dans son pays et a pas mal bourlingué. ♫ À 17 ans, il a quitté sa proviiiiinnncheuuuu ♫, pour Metz : « je suis arrivé en plein hiver. J’ai découvert le sens du mot froid ! ». Un coup d’épée dans l’eau : frigorifié, il revient à Lomé 3 mois plus tard. Après quelques expériences en Suisse, en Côte d’Ivoire, en Espagne, puis au Portugal (« C’est clair, il y a des clubs où je n’aurais pas dû aller. Certains managers n’ont pas beaucoup de scrupules »), Adekanmi pose ses valises en Belgique.

1Loin de nous l’idée perfide d’instiller le doute. On a trouvé ça sur icilome.com, qu’on imagine bien renseigné

Six mois avant son arrivée à Lille, il débarque en Jupiler League, à Lokeren, qui est alors 9ème après 18 journées. Si l’équipe reste sur 3 victoires consécutives à son arrivée, elle a fait preuves de carences assez béantes, encaissant notamment un 0-8 à Anderlecht 3 mois auparavant.

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Adékamni-nmi-kambi réussit une excellente demi-saison puisque sur les 13 derniers matches, dont il ne manque que 30 minutes, il inscrit 7 buts. Dès son deuxième match, il plante un doublé contre Bruges, qui gagnait alors quasiment tout (17 v, 1n, 1d avant le match). Lokeren finit la saison en boulet de canon, termine par une victoire 5-0 au Standard de Liège, et se classe finalement 4e.

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C’est fort de ce bilan très satisfaisant qu’Obi-wan-Kenobi signe pour 4 ans au LOSC au cours de l’été 2001. Son début de saison est à la fois modeste et encourageant : titulaire à une seule reprise (contre Montpellier, juste avant le match retour contre Parme), il entre en jeu 7 fois en championnat et 2 fois en Ligue des Champions, et participe au feu d’artifice des fins de match vahidesques, scorant donc pour la première fois à Sedan. Il est de nouveau remplaçant contre La Corogne.

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