Un peu naïvement, admettons-le, nous avions pensé jusqu’à il y a peu qu’en évoquant le glorieux passé du LOSC, nous l’aiderions à remonter la pente après ce début de saison laborieux. Force est de constater que notre stratégie est un échec, et nous présentons bien volontiers nos excuses auprès de Marcelo Bielsa qui, seul, fait face au feu des critiques malgré notre responsabilité bien réelle. Prenant acte de ce constat, et faisant acte de contrifion, nous en prenons désormais le contre-pied (1) en décidant d’évoquer les belles branlées connues par le LOSC, habile façon de conjurer le mauvais sort qui s’abat sur nous tel l’aigle qui fond sur sa proie.

Le 2 mai 1948 : Saint-Etienne-Lille 8-3

En cette fin de saison 1947/1948, le LOSC est bien installé comme le plus grand club français de la période. En championnat, les Dogues ne sont certes « que » deuxièmes à trois journées de la fin, mais ils sont en embuscade, à un point du leader marseillais. Surtout, le tableau final des Lillois semble très dégagé après le choc contre l’ASSE (4ème) puisque nos favoris jouent ensuite Alès et Sète, respectivement pénultième et antépénultième. Pour l’OM, le RC Paris (5e), Metz (11e) et Sochaux (8e), l’adversité est légèrement plus rugueuse.

A Saint-Étienne, Lille se retrouve pourtant mené par 3 à 1 à la mi-temps. Un détail pour Jean Baratte qui réduit la marque (3-2, 50è) puis égalise (3-3, 55è) pour le LOSC. On croit alors le LOSC parti pour l’emporter, quand soudain la machine déraille : en 24 minutes, l’attaque stéphanoise inflige cinq buts à la défense lilloise, portant son total à huit sur la rencontre. Preuve que le LOSC est un club de paradoxes, c’est à la période de son apogée qu’il encaisse le plus de buts sur un match de D1, record qui tient encore aujourd’hui.

Lille se console une semaine plus tard, remportant déjà la troisième coupe de France de sa très jeune histoire et, s’il vous plaît, contre Lens (3-2).

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14 et 18 septembre 1955 : la grosse semaine de merde qui fait passer le LOSC de Bielsa pour des terreurs

Avons-nous déjà évoqué le fait que le LOSC est un club de paradoxes ? Oui ? Et bien, on peut le confirmer à partir ce qui peut être considéré comme le semaine la plus pourrave du football lillois, les Dogues tenant un exploit que les hommes de Marcelo auront bien du mal à battre. Certes, les Dogues ont fait une dernière saison en championnat des plus décevantes, ne se sauvant qu’à l’issue des barrages. Rappelez-vous, l’épisode Zacharias a laissé des traces. Il n’en reste pas moins que le LOSC reste un gros morceau, puisqu’il a gagné un titre au cours de chacune des trois dernières saisons : un championnat (1954) et deux coupes (1953 et 1955). En quatre jours, les Lillois réussissent l’exploit de se prendre quatorze buts, perdant leur deux rencontres sur le score de 7 à 1.

C’est d’abord contre Reims que Lille joue à l’occasion du premier « Challenge des champions », c’est à dire l’ancêtre du très inutile Trophée des champions. A Marseille, Lille, vainqueur de la coupe, affronte Reims, champion en titre. Soyons clairs, on a alors conscience que nos ouailles ne sont pas franchement favorites. Cela étant, on se réjouit de l’absence de Raymond Kopa qui nous fait espérer. Las, Lille est déjà mené 2-0 après 21 minutes de jeu, mais semble ensuite tenir … jusqu’à la déferlante : Lamartine (pas le poète hein, ni la voisine d’ailleurs) se paie un doublé en 10 minutes (68e, 78e), Bliard un triplé en 17 (72e, 85e, 89e), le tout entrecoupé de la réduction de l’écart de Douis (81è), pour un beau 7-1 final. 7-1 final de merde ouais !

1955Les héros de 14-18 (septembre 1955)

Pas grave, Lille a l’occasion de se rattraper quatre jours plus tard. A Nice, les Lillois démarrent d’ailleurs bien puisque Lenglet (qui était français) ouvre le score dès la première minute. On croit tenir le choc, puisque la mi-temps approche et que le LOSC tient toujours son avantage. Et là, sur les trois dernières minutes avant la pause, les Niçois marquent à trois reprises, soit une moyenne d’un but par minute, comme en conviendront tous les forts en maths (Moussilou) qui nous lisent. En deuxième mi-temps, nos amis Niçois auront alors le bon goût de ne pas maintenir cette moyenne de buts, n’inscrivant que quatre autres buts, soit une moyenne, beaucoup moins performante, d’un but toutes les 11,25 minutes. Les historiens les plus éminents retiennent cet épisode historique sous l’appellation « boucherie de 14-18 septembre ».

27 août 1958 : LOSC- RC Paris : 1-6

Le LOSC peut être optimiste. Sa belle sixième place de la saison précédente semble montrer que la relégation de 1956 n’était qu’un accident dans le parcours du club. Pour la troisième journée du championnat de première division, Lille reçoit un adversaire qui semble plus que prenable : le RC Paris. Si le club francilien reste un nom du football français, ils n’a fini que 9ème du dernier championnat, donc trois places derrière Lille.

Le parisien Cisowski ouvre très rapidement la marque (2è) mais Fatoux ne tarde pas à lui répondre égalisant 3 minutes plus tard. Pillard (19e), Cisowski encore lui (26e) puis Guillot donnent pourtant un large avantage aux parisiens à la mi-temps (1-4). En seconde période, Cisowski nous achève et parachève le succès parisien, se payant un quadruplé (60e, 88e).

Ces derniers connaîtront aussi la seconde relégation de l’histoire du club en fin de saison.Ce 1-6 reste encore à ce jour la plus large défaite à domicile des Lillois.

17 mai 1970 : plus jamais ça

Qui peut-il y avoir de pire, pour le LOSC, que de perdre son statut professionnel et de jouer en championnat de France Amateur (CFA), comme c’est le cas en 1969/1970 ? De perdre, dans ce même championnat par 7 à 0, oui. Mais encore ?

Voilà. Vous y êtes.

Être en CFA, y perdre 7-0, et en plus que ça soit contre Lens.

Ceci étant, positivons : seuls 906 spectateurs ont assisté à ce match (pour une recette de 4 522 francs), rares sont donc les témoins crédibles encore vivants pouvant en témoigner. Il est donc encore possible de nier avec véhémence cette triste page de l’histoire du club si un supporter lensois venait à nous la rappeler (2) en espérant avec un risque raisonnable que personne ne puisse contester l’évidence qu’une telle déroute n’est évidemment pas possible.

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Et pourtant, en ce 17 mai 1970, jour de clôture du CFA, les espoirs lillois se retrouvent très vite douchés après un hat-trick moussilesque de Coustillet (20è, 27è, 28è). Jurasek (43è) puis Vasselle (51è) éteignent rapidement toute possibilité d’embellie, avant que Coustillet, là encore moussilesquement, ne marque son quatrième but (63è) et que Cieselski (64è) n’enfonce définitivement les Dogues (7-0). Maigre satisfaction : ils tiennent ensuite, n’égalant pas le record du plus grand nombre de buts encaissés en un match, qui a alors 22 ans. Mais c’est le record de la défaite avec le plus grand écart, lequel allait encore tenir 22 nouvelles années.


12 avril 1985 : Monaco-Lille 6-1

La saison est très moyenne du côté du LOSC, entraîné par Georges Heylens. Le club est 15e avant de se rendre à Monaco, 6e, pour la 32e journée. Mais Lille a le même nombre de points que les 16e, 17e et 18e : Toulouse, Rouen et Bastia. Seule la différence de buts permet à Lille d’être devant : -3. Les Toulousains sont à -8, les Rouennais à -12, et les Bastiais à -23. Autant dire qu’il est urgent de prendre des points : ça démarre mal : à la pause, les Lillois sont menés 0-3 : Daniel Bravo, Bruno Bellone et Philippe Anziani ont battu Jean-Pierre Mottet. L’entraîneur Belge fait alors un changement qui s’avère payant, en faisant entrer à la mi-temps Luc Courson, à la place de Michel Titeca. Et Courson marque à la 71e ! Le problème est qu’entretemps, Monaco a de nouveau marqué 3 fois : le score passe donc à 6-1. Et la différence de buts passe donc à -8. Toulouse passe devant. La fin de saison est pénible : Lille ne se sauve qu’à la 38e journée, en battant Brest (2-0), et termine 15e.


26 mai 1992 : Sedan-Lille 9-1

Décidément, les fins de saison et les mois de mai ne sont pas avares en belles branlées pour nos Lillois. Celle-ci, la plus nette de l’histoire du club, a lieu à l’occasion d’un match de coupe de la Ligue ancienne version, dont nous avons déjà parlé.

Cette déculottée a quelque chose de particulièrement inattendue, même s’il est vrai qu’on s’attend généralement assez peu à se prendre une raclée. Perdre 9 à 1 pour le LOSC de Jacques Santini, réputé pour sa rigueur défensive, et surtout à Sedan, club de D2, et encore pas le meilleur de la division, c’est assez surprenant.

Une partie de l’explication est déjà dans cette dernière phrase : en fait, ça n’est déjà plus le « LOSC de Jacques Santini » puisque ce dernier venait de recevoir sa lettre de licenciement de la part du président Besson deux jours plus tôt. C’est donc un LOSC sans entraîneur qui se déplace dans les Ardennes. Les joueurs voient dans cette décision du président une agression à l’égard de leur entraîneur et plus généralement à l’égard de leur groupe. En représailles, les joueurs décident de se saborder, et chaque joueur décide de jouer à un poste inhabituel (ce qui montre bien que Marcelo Bielsa n’a rien inventé en la matière) : par exemple, Assadourian joue ainsi en défense centrale, Patrice Sauvaget et Per Frandsen en arrières latéraux, Oleksiak et Fichaux milieux offensifs et Tihy attaquant.

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La pire raclée de Fabien Leclercq ? Le 0-4 à GJ contre Montpellier en 1997

A la mi-temps, le score est déjà de 3-0, Siegmann (7è), Auniac (33è sp) et Lecoq (41è) ayant marqué pour les Ardennais. Gamiette ajoute un quatrième but en début de seconde mi-temps avant que les Dogues ne se rebellent un peu en sauvant l’honneur par Brisson. En fait, honneur, il faut le dire vite : les Lillois abandonnent totalement le match dans les cinq dernières minutes, encaissant cinq nouveaux buts pour une défaite d’ampleur exceptionnelle (9-1) dans un contexte très particulier d’insurrection contre la politique du président Besson.

7 novembre 2012 : Bayern Munich-LOSC 6-1

En ce mois de décembre, Lille joue sa dernière carte s’il veut encore espérer se qualifier pour les huitièmes de finale de la C1. Il faut le dire, l’espoir est mince puisque Lille se déplace sur le terrain de l’ogre bavarois qui sera champion d’Europe quelques mois plus tard.

Dès la 5ème minute Schweinsteiger ouvre la marque, limitant encore davantage nos maigres espoirs. Moins de 20 minutes plus tard, on n’a alors plus aucune illusion après que Pizarro (18è) puis Robben aient porté la marque à 3-0. Et, dix nouvelles minutes plus tard, le match vire carrément au cauchemar, Pizarro inscrivant un triplé (28è, 33è) faisant tourner le match au naufrage pour les nôtres : à ce rythme, Lille est parti pour se prendre 13 ou 14 buts.

Et sans un Landreau impérial, cela aurait pu arriver. Mais Kalou sauve l’honneur losciste ou tout du moins ce qui en restait encore grâce à une magnifique frappe du gauche en lucarne (57e), seul Kroos trompant à nouveau Landreau dans ce match (66e). Ce 6-1 reste encore la plus lourde défaite du club en compétition européenne. Lot de consolation, le LOSC n’a en revanche jamais perdu contre le Bayern de Monique.

25 avril 2015 : Paris SG-Lille 6-1

A cinq journées de la fin du championnat 2014/2015, le LOSC a au moins une certitude : ils dispose d’une défense de fer, la deuxième du championnat, malgré une huitième place au classement. Les Dogues savent qu’ils risquent de souffrir à Paris, mais ils ambitionnent de tenir.

Mais quand Cavani porte le score à 2-0 pour Paris après moins de quatre minutes de jeu, même en restant optimiste, on se dit que ça va être compliqué. Les Lillois vont ensuite resserrer les lignes en défense, ce qui leur permettra de tenir bien mieux, n’encaissant que quatre nouveaux buts pour un score final de 6-1, alors qu’en gardant la fréquence de 2 buts encaissés toutes les 4 minutes, ils auraient pu perdre 45-0. Saluons donc la réaction tactique de maître Girard.

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Cavani, Lavezzi et Pastore se bécotant pour fêter notre humiliation devant le regard écœuré de Vincent Enyeama

Alors qu’ils n’avaient encaissé que 27 buts en 33 rencontres, les Lillois en encaissent 15 sur les 5 derniers matches (!) avec, au passage, une autre belle défaite, à domicile contre le Marseille de Bielsa (0-4).

Le bonus « pire série de buts consécutifs encaissés »

Voilà un record auquel Marcelo et ses troupes doivent s’attaquer et dont on n’est pas sûrs qu’ils aient les qualités d’abnégation pour le battre.

La série débute le 12 mars 1976, quand Lionel Justier réduit la marque pour le Paris Saint-Germain lors d’une victoire lilloise (2-1). Elle prend fin le 16 avril, quand Gaby Desmenez réduit la marque contre Bordeaux (1-2) dans un match finalement remporté par le LOSC (3-2). Entre ces 2 buts, les Lillois ne marquent pas. Après le but du parisien, ils encaissent ainsi 21 autres buts de suite : 6 en coupe, pour deux défaites contre Lyon (0-2, 4-0), et 15 en championnat à Marseille (2-0), Lyon (3-0), contre Nice (0-3), à Nancy (5-0) puis donc les deux derniers contre Bordeaux.

Cette saison, les Lillois n’ont encore réussi qu’à encaisser six buts consécutivement : ils sont encore bien loin du compte.

 

  1. soit dit en passant, le fait que nous parlions de contre-pied n’est aucunement un sous-entendu perfide à l’égard de Mike Maignan, ni même, bien sûr, pour notre bon vieux Jean-Pierre Lauricella.
  2. Ce qui ne serait pas très adroit de sa part, puisqu’on se sentirait après le devoir de lui demander de nous rappeler la date de la dernière victoire lensoise contre Lille ce qui engendrerait chez lui une certaine gêne.

 

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